Persévérance scolaire

juillet 22, 2016 · Posted in éducation · Comment 

Je suis intervenu devant des IEN de la voie professionnelle dans le cadre du Plan national de formation, à Paris au début du mois, pour parler de persévérance scolaire. Approche différente, parce que plus positive, du décrochage scolaire à propos duquel j’interviens régulièrement depuis la publication de mon Dossier d’actualité « Décrochage scolaire : diversité des approches, diversité des dispositifs« . Pourtant, c’est bien de lutte contre le décrochage dont il s’agit, dans son volet prévention.

Je vous renvoie à l’article de blog que j’ai publié sur Éduveille, et vous propose ci-dessous le diaporama que j’ai présenté. Outre un bref rappel sur quelques chiffres du décrochage scolaire et une comparaison rapide avec d’autres pays, je rappelle que la notion de persévérance scolaire apparait explicitement dans la lettre de rentrée 2016-2017 de Mme la ministre, avec une insistance particulière sur la voie professionnelle,  et a fait pour la première fois l’objet d’une semaine dédiée cette année dans chaque académie.

Je présente la définition donnée par le CREPAS (Conseil régional de prévention de l’abandon scolaire – Saguenay-Lac Saint Jean) où la persévérance concerne la « poursuite d’un programme d’étude en vue de l’obtention d’une reconnaissance des acquis », le raccrochage ainsi que la « réinscription d’un individu à un programme d’études après une période d’absence plus ou moins longue ». La persévérance scolaire n’est pas synonyme de réussite scolaire, il s’agit d’encourager les jeunes et de les soutenir. Cela passe par une amélioration des conditions de vie et d’un bien-être psychologique. En fait, en France, on parlerait de climat scolaire. Read more

Le travail personnel des élèves : quelques réflexions

juillet 11, 2016 · Posted in Ma veille · Comment 

Le Dossier de veille de l’IFE que je viens de publier (n°111) porte sur la question du travail personnel de l’élève, que l’on réduit souvent aux « devoirs à la maison », mais qui est bien plus large que ça. Sinon, autant dire que les élèves ne travaillent pas en classe ou à l’école. C’est d’ailleurs intéressant de se poser la question de savoir pourquoi on pense uniquement aux « devoirs à la maison » : ça fait écho à ce qui se dit très souvent en conseil de classe, où l’élève qui ne réussit pas est renvoyé à son manque de travail, comme si cela relevait uniquement de sa responsabilité.

Ce Dossier fait le point sur ce que dit la recherche sur le travail personnel de l’élève, qui commence en classe, pendant le cours, mais aussi à la fin du cours : il ne suffit pas de noter ses devoirs dans son agenda, encore faut-il donner des billes pour que les élèves puissent faire le lien entre ce qui est demandé et ce qui a été fait en classe, et que ce travail lui permette de mobiliser ses savoirs et les réactiver. Or les recherches sont très explicites : ce lien est tout sauf évident pour les élèves.

La question des aides diverses qui sont proposées aux élèves est aussi abordée : aide aux devoirs, périscolaire, associations extérieures, parents, etc. La solution pour une plus grande efficacité de ses aides serait de la réinternaliser au niveau des établissements, mais tout un écosystème s’est créé qui a aussi sa raison d’être, la question qui reste est donc celle de l’articulation entre ces aides et le travail en classe, question pour le moins compliquée.

Le Dossier se trouve ci-dessous, ainsi que son résumé et tous les liens utiles. N’hésitez pas à le télécharger et à la faire circuler.

Thibert Rémi (2013). Le décrochage scolaire : diversité des approches, diversité des dispositifs. Dossier d’actualité Veille et Analyse, n° 84. Lyon: IFE – ENS de Lyon. http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA/detailsDossier.php?parent=recherche&dossier=84&lang=fr

Résumé :

Il est très compliqué d’appréhender la réalité du travail personnel des élèves, surtout depuis son externalisation dans le courant du XXe siècle, reportant dans les familles le temps d’étude qui avait lieu auparavant dans les écoles. Aujourd’hui, les devoirs écrits se font essentiellement à la maison, malgré leur interdiction en primaire et les résultats de recherches qui ont montré l’absence d’effets de ces pratiques sur les apprentissages.
Si ces devoirs persistent, c’est qu’ils répondent à d’autres attentes, sociales et non pas didactiques. La question qui devient chaque année plus pressante porte sur l’articulation entre le travail en classe et ce travail demandé pour la classe hors la classe. Or les acteurs chargés d’organiser ce temps de travail personnel sont nombreux : que ce soit dans le périscolaire, avec les études ou l’aide aux devoirs, qui ont lieu au sein des établissements, ou que ce soit à l’extérieur de l’école, grâce à des associations, des centres sociaux, des médiathèques ou encore le milieu familial, sans compter les acteurs économiques privés qui proposent des cours particuliers, des remédiations, etc.
Si ces accompagnements sont juxtaposés et sans lien, le risque est que ceci ne serve à rien, en tout cas pas aux élèves les plus en difficulté.
Il convient donc de penser différemment ces dispositifs d’aide, de penser leur articulation et leurs périmètres, toujours en lien avec ce qui se fait à l’école. Cela nécessite aussi de penser collectivement dans les établissements la question de l’aide au travail personnel.
Ce dossier de veille tente de faire le point sur le travail personnel de l’élève pour la classe hors la classe, en posant la question de l’engagement des élèves dans leurs apprentissages. En effet, pour que le travail personnel hors la classe existe, il faut qu’il soit pensé et commencé au sein même de la classe.

A propos du leadership des enseignants…

février 5, 2016 · Posted in éducation, Leadership pédagogique, Ma veille · Comment 

Je suis intervenu cette semaine pour une journée des coordonnateurs MLDS dans l’académie de Lyon, pour y présenter mon dossier sur le décrochage scolaire. J’ai aussi été amené à jouer le rôle de « grand témoin » de la journée. Oui, celui qui est censé avoir une approche meta, distanciée de ce qui a pu être dit pendant la journée, et qui doit montrer qu’il est capable de faire des ponts entre différents points de vue. Je me suis prêté au jeu, mais ça fera peut-être l’objet d’un autre article.

Mais dans cette intervention finale, j’ai effectivement fait le lien avec le dernier dossier que j’ai co-rédigé avec ma collègue Catherine Reverdy, sur « le leadership des enseignants au coeur de l’établissement ». Et je me suis aperçu que je ne l’avais pas encore mentionné dans ce blog. Je rattrape donc le coup. Vous trouverez donc ci-dessous le résumé du dossier et la version pdf en ligne.

Le choix a été fait de conserver le terme de « leadership » dont aucune traduction française n’est vraiment satisfaisante. On y cause de tous ces « nouveaux métiers » ou « intermétiers » que l’on voit apparaitre dans nos établissements, et qui vont au-delà du coeur de métier des enseignants, à savoir l’enseignement disciplinaire face à une classe. Je ne suis plus devant élèves depuis 8 ans maintenant, depuis que j’ai rejoint l’INRP, devenu ensuite l’IFE (Institut français de l’éducation), mais j’aurais aimé pouvoir évoluer vers ces postes différents, qui permettent une autre approche des élèves, une autre façon de concevoir l’enseignement et de voir différemment le système éducatif.

Tous les détails ci-dessous !

Reverdy Catherine, Thibert Rémi (2015) . Le leadership des enseignants au coeur de l’établissement . Dossier de veille de l’IFÉ, n°104

Article de blog : Les enseignants, le collectif… et le leadership

Le résumé :

« Il est admis que l’échelon essentiel du changement en éducation est l’établissement scolaire. Après s’être intéressé à l’« effet professeur » et l’« effet établissement », sans arriver pour ce dernier à déterminer précisément ce qui relève de l’« effet chef d’établissement », la recherche reconnaît que c’est au niveau du collectif que cela se joue. Les pratiques de leadership des chefs d’établissement sont interrogées, mais aussi le rôle que les enseignants y jouent : tous sont susceptibles d’exercer un leadership au sein de l’établissement, auprès de leurs élèves, auprès de leurs collègues et auprès de l’ensemble de la communauté éducative, au sein et au-delà de l’établissement. Leur rôle apparaît comme indispensable dans la mise en œuvre des réformes éducatives, mais il peut être vécu comme un renforcement de la ligne hiérarchique avec la création d’échelons intermédiaires. Pour autant, les formations au leadership ont des effets positifs, et en premier lieu sur les enseignants (empowerment, confiance en soi, développement professionnel, etc.).

Ce dossier de veille aborde cette évolution vers des enseignants leaders, avant d’analyser les positions formelles de leadership, qui sont souvent bien ancrées et repérables, et de passer à des pratiques de leadership plus informelles, plus diffuses, qui sont considérées comment étant plus pertinentes et efficaces en ce qui concerne la réussite des élèves. La mise en place de communautés d’apprentissage et d’organisation apprenante ne va pas nécessairement de soi et implique un changement de culture professionnelle, qui n’est pas évident à mettre en place. »

http://www.slideshare.net/rthibert/dossier-de-veille-104

Les orphelins du numérique ont besoin de l’école

mai 18, 2015 · Posted in société, tice ta toile · Comment 

Assises du numérique 2015 – Grenoble

Je prends du retard sur ce blog. J’ai quelques articles à rédiger, mais je n’arrive pas à prendre le temps qu’il faut. Du coup, ce que je vais rapporter date de mars 2015, il s’agit des propos de Mme Catherine Becchetti-Bizot (Directrice du numérique pour l’éducation) qu’elle a tenu lors des Assises du numérique qui se sont déroulés à l’ESPE et à Canope de Grenoble. Elle est intervenue avec le recteur Daniel Filâtre en ouverture de journée. M. Filâtre a dit souhaiter un choc à l’école pour que le système éducatif prenne en considération ces nouveaux modes d’accès à la connaissance.

Mme Becchetti-Bizot a tordu le cou au concept de digital native (traduit souvent par natif du digital) popularisé par Mark Prenski. Ce concept est un mythe, car ce n’est pas parce un enfant nait dans un univers  numérique qu’il a les compétences pour évoluer dans cet univers. Ceci fait écho aux propos de Marcel Lebrun : nous sommes nés dans un univers où le livre et l’écrit était omniprésent, pour autant, il nous a bien fallu apprendre à lire, et ça s’est fait progressivement. Pourquoi en irait-il différemment pour le numérique ? C’est pourquoi elle préfère la notion de Orphelins du numérique. En effet, si nous laissons les jeunes se débrouiller seuls face au numérique, parce qu’ils seraient plus aptes que nous, nous les laissons en fait sans défense, sans repère dans un vaste monde où il est facile de se perdre.

Cette notion d’orphelins du numérique me semble très pertinente. Et elle plaide pour que l’école prenne à bras le corps l’éducation au numérique. Sinon, le fossé entre ceux qui ont les codes culturels de l’internet (milieux plutôt favorisés) et ceux qui ne les ont pas va s’accroitre. En tant qu’adultes, nous n’avons pas grandi avec le numérique, nous avons en quelque sorte pris le train en route. Par contre, nous avons les codes qui permettent une utilisation raisonnée, pertinente. Sont-ils si différents que ceux d’avant le numérique ?

L’école a le devoir d’accompagner ces orphelins du numérique.

Interactions entre pédagogie et numérique – intervention à Reims

avril 28, 2015 · Posted in tice ta toile · Comment 

J’ai été invité à parler à un colloque sur le numérique à Reims, organisé par le GIP Formation continue, l’ESPE et l’Université de Reims Champagne-Ardennes, intitulé « Apprendre et réussir avec le numérique : Quelles transformations du métier d’enseignant, de formateur ?« .

Mon intervention a introduit la journée avant une présentation de la Classe inversée faite par Marcel Lebrun que j’ai eu le plaisir de croiser IRL pour la première fois. Divers ateliers ont ensuite été proposés, avant une conférence de cloture de Bruno Devauchelle (en visio-conférence).

J’ai repris en partie mon intervention faite à l’ESEN il y a quelques mois, en y ajoutant des éléments relatifs à l’empowerment, qui a notamment été traité lors des journées d’étude de Éducation et Devenir qui se sont déroulées à Lyon en mars 2015 (merci à Annie Feyfant pour ses notes ici, ici et ici). Mon diaporama est disponible ci-dessous.

2015 04-16-reims-nume?rique-jeunesse-empowerment from Rémi Thibert

Voie professionnelle : LP, apprentissage, alternance

mars 10, 2015 · Posted in éducation · Comment 

DSC_8647 Mon dernier Dossier de veille porte sur la voie professionnelle. Je suis revenu à mes premières amours (pour rappel, je suis PLP). Même si peu de chercheurs ont travaillé sur la voie professionnelle, et notamment sur le lycée professionnel, j’ai pris grand plaisir et intérêt à lire les ouvrages. Certains en ont une vision très marxiste, qui montre bien comment l’enseignement professionnel s’est construit dans une lutte entre patronat et mouvements ouvriers. D’autres en ont une lecture moins militante mais pas moins intéressante, notamment pour analyser les effets de la réforme de 2009.

Résumé :

L’enseignement professionnel dans le secondaire reste mal considéré par les élèves comme par la société. Pourtant, depuis la réforme de 2009, les élèves sont de plus en plus nombreux à choisir l’orientation en lycée professionnel. L’image de ce dernier s’est largement modifiée ces dernières années, avec notamment le passage du baccalauréat professionnel de 4 à 3 ans. Cette « institution de tous les contrastes » oscille entre des objectifs qui peuvent paraître contradictoires : qualifier les élèves et leur faire acquérir des compétences professionnelles ; socialiser à des savoirs qui relèvent d’un « savoir-être » afin d’assurer l’acceptation de valeurs normatives. La formation des ouvriers s’est construite au fil du temps dans un rapport de force permanent entre la volonté du patronat d’adapter la main d’œuvre aux nouveaux outils d’une part, et la volonté du monde ouvrier d’autre part, de défendre les intérêts de la classe populaire et de développer ce qui relève davantage de l’éducation populaire. La prise en main par l’État de la formation professionnelle s’est imposée, rendant accessible la formation au plus grand nombre, au détriment malgré tout de l’émancipation de la classe ouvrière. La dernière réforme de la voie professionnelle a permis une revalorisation des LP et de l’apprentissage. Les élèves qui intègrent cette voie sont susceptibles de poursuivre des études après l’obtention du baccalauréat, mais ils se heurtent à des difficultés parce qu’ils restent en concurrence avec des étudiants de la voie technologique ou générale. La voie professionnelle reste une priorité nationale et européenne car son développement permet de faire accéder à des qualifications un plus grand nombre de personnes, ce qui réponde à l’objectif de l’Europe de devenir la première société de la connaissance. Les diplômes « de base » font l’objet de toutes les attentions au niveau européen, faisant évoluer le statut du diplôme et de la qualification. Ce dossier de veille tente de faire une synthèse de ce que dit la recherche en France et à l’étranger sur ces questions de formation professionnelle initiale, d’apprentissage et d’alternance.

Bref, je vous invite à lire ce dossier n°99 (« Voie professionnelle, alternance, apprentissage : quelles articulations ?« ), vous pouvez réagir sous l’article de blog sur Éduveille, mais je ne résiste pas à vous proposer le compte-rendu de ToutEduc,  (n’hésitez pas à vous abonner), écrit par Camille Pons (j’en profite pour remercier l’équipe de ToutÉduc de m’avoir autorisé à publier cet article) :

L’apprentissage doit être complémentaire de la formation en lycée professionnel (dossier de veille de l’IFÉ)

Paru dans Scolaire, Orientation le lundi 09 mars 2015.

L’apprentissage doit être pensé comme complémentaire à la formation en lycée professionnel (LP), et vraiment promu au sein de ces lycées. Telle est l’une des recommandations faite par Rémi Thibert (service Veille et analyses de l’IFE- Institut français de l’Éducation) dans le dossier qu’il a consacré, en février 2015, à la voie professionnelle, l’alternance et l’apprentissage, et aux articulations qui existent entre ces trois voies de formation. Cette recommandation fait suite au bilan « mitigé » de la filière professionnelle en France que dresse le chargé d’étude et de recherche, après avoir compilé différents travaux faits en France mais aussi dans d’autres pays. L’auteur souligne néanmoins qu’il existe déjà une volonté politique de promouvoir l’alternance au sein des LP, au travers de la circulaire du 14 mars 2006, « qui incite à développer des partenariats entre établissements et CFA et à promouvoir l’apprentissage au sein même des lycées ».

Certains constats justifient, selon lui, cette réforme du système. L’apprentissage « ne profite pas aux élèves les plus fragiles, alors que l’apprentissage est désigné comme une solution pertinente pour favoriser le retour en formation des décrocheurs ». A contrario, relève-t-il, « en Allemagne, en Suisse, en Australie, en Autriche, l’apprentissage a un rôle important pour l’insertion dans l’emploi des jeunes peu ou pas diplômés ». En effet, même si le nombre d’apprentis augmente, cette augmentation ne concerne en France que l’enseignement supérieur, donc « les jeunes déjà diplômés », souligne encore Rémi Thibert.

Autre constat mis en avant: ce mode de formation ne contribue pas à faire baisser le taux de chômage des jeunes en France, qui reste de l’ordre de 25%. À titre de comparaison, il cite le cas de l’Allemagne qui affiche un taux « relativement faible » (7,5%), un écart qui pourrait être dû, selon lui, au fait que, contrairement à ce qui se passe dans l’Hexagone, partenaires sociaux et entreprises sont très fortement impliqués dans ces formations outre-Rhin. Il évoque d’ailleurs la nécessité de créer et renforcer les liens avec le monde professionnel mais aussi celle de renouveler les pratiques pédagogiques, et donc de « repenser la professionnalité enseignante en LP ».

L’enseignement professionnel participerait à la richesse du pays

Plusieurs arguments sont avancés dans ce dossier pour justifier ces transformations. Outre le fait que le LP « reste un élément essentiel dans le système éducatif pour juguler les sorties sans qualification des jeunes », « l’enseignement professionnel, bien que dénigré, participerait à la richesse du pays », observe Rémi Thibert. Ainsi, écrit-il, « il y a une corrélation directe entre l’augmentation du nombre de jeunes en formation professionnelle et l’augmentation du PIB des pays ». Il estime aussi que « le lycée professionnel joue un rôle important dans le système éducatif français, notamment en ce qu’il constitue un laboratoire d’innovation éducative indéniable ». Ainsi, « la mise en oeuvre du socle commun, l’approche par compétences, le livret personnel de compétences sont des héritages de ce qui se fait depuis un moment déjà dans ces établissements », précise-t-il.

Malgré cela, le lycée professionnel semble être en France « l’institution de tous les contrastes »: elle « offre les conditions d’une réhabilitation des ‘vaincus’ de la voie générale », tout en « cré[ant] de l’échec scolaire », mais aussi « de réelles possibilités d’insertion professionnelle » tout en étant « l’objet de disqualifications (culture générale trop réduite, accès aux savoirs savants insuffisants) ». Rémi Thibert relève aussi des effets négatifs de la réforme de la voie professionnelle, et la réduction à 3 ans du cursus menant au baccaulauréat. « Si elle bénéficie à une partie des élèves, [elle] pourrait (mais il est trop tôt pour l’affirmer) provoquer une nouvelle forme d’exclusion pour ceux qui n’obtiennent pas leur baccalauréat professionnel », note-t-il.

Une poursuite d’études après le bac pro qui reste « problématique »

Il observe aussi que si la réforme de 2009, en instaurant le passage au bac pro en 3 ans, incite de plus en plus de jeunes bacheliers professionnels à poursuivre leurs études, cet afflux dans l’enseignement supérieur n’est pas exempt d’effets pervers. Il y a d’abord des effets négatifs auprès des recruteurs, notamment « les PME qui cherchent à embaucher des techniciens (et qui) ont de plus en plus de difficultés à en trouver », la volonté d’un plus grand nombre à vouloir poursuivre des études ayant pour effet « un déport des formations bac+2 (DUT, BTS) vers les formations bac+3 (licence professionnelle) ». Autre conséquence de l’afflux de ce nouveau public accueilli essentiellement en STS, une perte de compétences puisque cette filière aurait tendance, pour s’adapter à ces derniers, à privilégier « des apprentissages par le geste au détriment d’une approche plus conceptuelle ».

Face à cette poursuite d’études qui reste « problématique », le chercheur cite des projets et des initiatives intéressantes: l’étude de nouveaux parcours en alternance qui proposeraient aussi des passerelles avec une licence professionnelle ou une formation en master et les réflexions qui entourent la question de l’accompagnement des bacheliers professionnels. Sur ce point, quelques pistes ont déjà été concrétisées dans certaines universités: l’organisation de rentrées décalées avec un semestre d’adaptation et des accompagnements spécifiques, ou encore la mise en place d’une année de transition pour les bacheliers professionnels et technologiques. Il cite l’exemple du dispositif REUSSIR de Lyon-I (Ressources universitaires de soutien scolaire d’insertion et de réorientation) qui propose trois cursus de formation: une année universitaire préparatoire (année transitoire); un semestre de soutien spécifique et un semestre de détermination.

L’enseignement agricole: une exception?

Dans cet état des lieux, seul l’enseignement agricole semble faire figure d’exception. Rémi Thibert estime que celui-ci doit sa « réussite » à trois réformes « fortement imbriquées »: réforme pédagogique (programmes et diplômes), réforme structurelle (établissements autonomes) et réforme institutionnelle (service public souple et diversifié associant secteur public et secteur privé). Résultat, malgré le déclin important du monde agricole, les effectifs de l’enseignement agricole ne cessent d’augmenter ainsi que l’offre de formation, alors que se diversifient à la fois les publics accueillis et les formations proposées.

Rémi Thibert rappelle que l’enseignement secondaire professionnel scolarise presque 700 000 jeunes, 1 100 000 si on compte les élèves de CFA. En France, il existe 165 CAP et 80 baccalauréats professionnels différents qui peuvent être suivis dans 960 LP publics, 1 630 LP si on inclut les établissements privés.

 

Autonomie des établissements dans l’enseignement agricole (rapport 2008)

février 5, 2015 · Posted in Leadership pédagogique · Comment 

Je suis en train de lire un rapport de 2008 sur l’Enseignement agricole (L’enseignement agricole à la croisée des chemins, 2008) et un passage concerne la nécessité de faire confiance aux établissements pour développer la qualité de l’enseignement. L’enseignement agricole a fait la preuve de son efficacité, et l’Éducation nationale gagnerait à regarder de plus près ce qui se passe dans les lycées agricoles et autres structures du type MFR (lire à ce sujet l’article que j’avais publié sur Éduveille : L’enseignement agricole, un laboratoire pour l’Éducation nationale ?).

Ce rapport date de 2008, l’enseignement agricole semblait en perte de vitesse et s’interrogeait sur la façon de rebondir. L’extrait ci-dessous est en page 12.


 

« Si l’on veut afficher clairement le choix de la qualité, plus que jamais il faut faire confiance aux établissements, développer leurs marges d’initiative, mobiliser le système national d’appui pour leur fournir des outils, des procédures, des cadres de réflexion opérationnels. Dans ces conditions, l’autonomie s’impose comme mode de fonctionnement et d’organisation autant que comme statut juridique. Plutôt que de changer la loi ou le règlement – tentation de facilité toujours latente – il est plus sûr d’aider les établissements à construire leurs propres outils de pilotage, à se doter de projets de longue durée, à organiser leur propre évaluation, à se saisir pleinement de façon dynamique des espaces d’autonomie que leur donne la loi. Les conditions juridiques de l’autonomie sont aujourd’hui reconnues comme satisfaisantes, à condition de leur apporter quelques touches complémentaires. C’est le projet qui doit lui conférer un sens, le projet d’établissement, véritable « constitution locale ». C’est le contrat pluriannuel avec les autorités administratives dont ils dépendent, État et Région, qui est le gage de la pérennité de leur action. Des lacunes ou des freins subsistent qui empêchent les conseils d’administration des établissements publics de mettre en œuvre une vision prospective: il est indispensable de réunir les conditions, essentiellement liées au management, du changement.
Ce qui fait la modernité du statut juridique de l’établissement, c’est la réunion en une seule structure des trois voies de formation professionnelle, la formation initiale scolaire, l’apprentissage, la formation continue. Elle autorise un projet cohérent, fait de l’établissement un interlocuteur crédible du Conseil régional, se présente comme un guichet unique pour les usagers demandeurs de formation. L’exploitation agricole et les ateliers technologiques complètent l’outil avec une capacité d’expérimentation et d’innovation au service du développement durable. »

Les jeunes et le numérique (humour)

décembre 18, 2014 · Posted in tice ta toile · Comment 

La fin de l’année approche, on a le droit d’être un peu moins sérieux, non ?

En tout cas, ma veille du moment sur les jeunes, le , la génération Z, etc. m’amène à tomber sur cette vidéo de Cyprien (que l’on ne présente plus …. au moins aux jeunes. Merci à mes enfants de m’en avoir parlé). Le titre ? « Les jeunes et la technologie« . Je passe sur le thème technologie qui va à l’encontre même de ce qu’il décrit : des usages numériques.

Je vous la livre ci-dessous. Mais j’en profite pour vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d’année !

Article de Bruno Devauchelle sur les fractures numériques cognitives

décembre 3, 2014 · Posted in société, tice ta toile · Comment 

Bruno Devauchelle a publié sur le site du Café pédagogique un article intitulé « Peut-on sortir des fractures numériques cognitives ?« . Je me permets de le reproduire ici (avec l’aimable autorisation de Bruno, que je remercie) car il fait écho à mes préoccupations sur le fossé culturel qui se creuse en ce qui concerne le (voir à ce sujet l’article de Internet Actu « Perdre son temps : la nouvelle fracture numérique« ).

Voici quelques extraits de l’article que je vous recommande de lire et mes commentaires :

 le numérique redonne de l’importance à l’image et au son, qui viennent compléter l’écrit.

« Le numérique augmente encore fortement cet accès aux savoirs en élargissant notablement l’espace de recherche, mais aussi en ajoutant à l’écrit les dimensions apportées par l’image, le son, l’animation, la vidéo. A la différence de l’écrit, l’image, le son, etc., sont accessibles d’une manière apparemment beaucoup plus simple et directe. Autrement dit l’accès à ces éléments est beaucoup plus immédiat que l’accès à l’écrit. On retrouve avec le multimédia ce qui a fait le succès des autres modes de transfert d’information, l’oral, l’image. Cette immédiateté est très séduisante, attirante pour celui qui lit peu ou pas. C’est probablement un des facteurs qui amènent le succès des écrans dans la population. Cela n’a pas supprimé l’écrit (Twitter, Facebook, sms…), mais cela l’a amené à ne plus être quasiment exclusif dans le cheminement vers les savoirs.  Mais si l’accès aux savoirs semble plus facile avec le multimédia en ligne, le passage du décodage à la compréhension reste difficile. L’information et la communication multimodales sont beaucoup plus complexes. C’est, semble-t-il, dans cette direction que se développent de nouvelles fractures liées aux usages du numérique. Ces nouvelles formes d’inégalités viennent renforcer les inégalités traditionnelles. »

Ensuite sont abordés les concepts d’ et de capabilité pour expliquer le potentiel que tout un chacun a de dépasser sa condition initiale et ne pas devenir « esclave du numérique ». J’ai abordé cette notion de l’empowerment dans deux précédents articles (ici et ici)

« Pour le dire plus simplement, il y a chez chaque humain un potentiel de dépassement de sa condition initiale. Cette vision assez individualiste, voire libérale pour certains, est le signe de la possibilité qu’il y a de ne pas être « esclave du numérique ». Ce discours donne espoir à l’éducateur confronté à des jeunes instrumentalisés parfois par les écrans. Mais comment concrétiser cet espoir au quotidien ? Certains proposent la notion d’engagement (pas au sens commun du terme). Ce terme qui recouvre un processus plutôt qu’un état, signifie « la capacité de quelqu’un à ne pas subir, mais, là aussi dépasser, ce qui est prévu pour lui ». Rendre possible « l’engagement » serait donc la première mission de l’éducateur. Travailler cette notion d’engagement est un vrai chantier pour des enseignants, des éducateurs, alors que la forme scolaire semble être un frein »

Liens :

usages numériques : entre collaboration et soumission

novembre 27, 2014 · Posted in éducation, tice ta toile · Comment 

Bref article pour signaler un entretien avec Marcel Lebrun, publié sur le site éducpro, à propos des usages numériques dans le cadre scolaire. Je partage complètement son analyse et vous invite à lire son propos, dont je souhaite reprendre ici juste quelques citations :

« ‘Le numérique peut avoir un impact sur la pédagogie, à condition que celle-ci change. »

Ceci fait écho à ce que j’ai pu dire qui allait dans le même sens : « le numérique change la pédagogie…. à condition de changer la pédagogie‘.

« Plus fondamentalement, la question est de savoir si les technologies vont nous permettre d’aller vers davantage de bienveillance ou si le « faites-le vous-même » sera synonyme de soumission. Or l’écart entre collaboration et aliénation numérique est étroit. Si l’on dote les étudiants d’outils numériques sans leur donner les moyens de leur émancipation, on risque d’évoluer vers une société où l’humain se demandera où est sa place. »

La question de la collaboration ou de l’aliénation numérique me semble pertinente, tant les usages nous montrent que le meilleur est possible …. comme le pire.

« Bien sûr, il y a des résistances. Les modalités de formation des enseignants, par exemple, restent extrêmement transmissives : on continue largement de les former en amphi en prônant des méthodes actives. Quelle incohérence ! Cela va à l’encontre du principe d’isomorphie qui voudrait qu’on forme les enseignants comme on voudrait former les élèves. »

Ça aussi, c’est quelque chose qui me frappe souvent : la contradiction entre ce qui est enseigné (notamment à propos de méthodes pédagogiques) et la manière dont c’est enseigné. Schéma hélas très classique, dont il est difficile de s’extraire. Marcel Lebrun continue avec ce qui se passe pour les MOOC qui donnent la part belle à une pédagogie transmissive.

Allez lire l’entretien !

 

 

 

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