Liberté ou autonomie pédagogique ? du rôle pédagogique du chef d’établissement

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En France, le rôle des chefs d’établissement a été défini en 1985 avec la création des EPLE. La loi d’orientation de 1989 leur a donné davantage de pouvoirs pour ce qui concerne la vie scolaire, l’orientation et l’insertion. Même s’il est officiellement le premier pédagogue de l’établissement, le cœur de l’acte pédagogique (ce qui se passe dans la classe) relève de l’enseignant et de la responsabilité de l’inspecteur. La liberté pédagogique de l’enseignant est toujours réaffirmée dans les textes officiels. Ce qui relève du chef d’établissement concerne davantage la périphérie de l’acte pédagogique.

En fait, la question sous-jacente concerne les parts respectives de l’effet établissement et de l’effet enseignant dans la réussite des élèves. En France, l’effet établissement interviendrait à hauteur de 5% dans la réussite des élèves alors que l’effet enseignant serait de l’ordre de 10%. Or ces chiffres s’inversent dès lors que l’établissement accueille une population défavorisée. On sait que c’est dans les établissements difficiles que le travail d’équipe se développe, tout simplement parce que c’est une nécessité. J’imagine alors que si le même travail collectif existait dans des établissements « moyens », la part de l’effet établissement serait aussi plus importante. En fait, lorsque l’effet maitre est le plus important, cela signifie surtout qu’il n’y a pas de dynamique collective.

Il est attendu du chef d’établissement qu’il organise le fonctionnement de l’établissement en garantissant de bonnes conditions d’exercices pour les personnels et les élèves. Son action en faveur du travail des enseignants, de l’organisation de l’école, des relations avec les parents et tous les partenaires a un impact sur la réussite des élèves.

Les résultats de la recherche concordent pour dire que la qualité de l’enseignement dépend de l’appropriation collective des projets, de la dynamique qui est créée au sein d’une équipe. Les enquêtes PISA montrent très clairement une corrélation entre l’autonomie pédagogique (qui n’est pas la même chose que l’autonomie administrative) accordée à l’établissement et la réussite des élèves.

Dans la définition du leadership que je donnais dans mon billet précédent, la capacité à impulser, prévoir et accompagner le changement est essentielle. Comment concilier cet impératif de collectif lorsque la liberté pédagogique est souvent opposée à la confrontation de pratiques ? J’emprunte à Pierre Saget ses propos (voir mon article sur Eduveille) sur la liberté et l’autonomie pédagogique : la pédagogie doit être discuté collectivement au sein de l’établissement, chaque enseignant ayant un degré d’autonomie dans un cadre fixé ensemble. Cette autonomie est d’ailleurs nécessaire, elle permet à chacun de s’approprier les projets et de les faire vivre.

Dans le contexte actuel, l’innovation, pour qu’elle s’installe durablement, doit être pensée, organisée, évaluée au niveau de l’établissement. Cela nécessite des lieux d’échanges, de confrontation et de discussions. Le conseil pédagogique peut jouer ce rôle, mais d’autres instances aussi, qui permettent d’associer différents acteurs. Les élèves et les parents pourraient avoir leur mot à dire aussi.

Le fait de réfléchir collectivement sur sa pratique favorise l’émergence de praticiens réflexifs, c’est à dire d’enseignants qui se mettent en situation de recherche permanente. Ces attitudes professionnelles permettent aussi le développement d’une culture apprenante au sein des établissements : le savoir ne circule plus à sens unique mais tout le monde peut apprendre de tout le monde.

Le chef d’établissement joue un rôle pédagogique primordial dans la mesure où son action va favoriser une dynamique collective. Encore faut-il accepter d’être managé, comme le soulignait Michel Bascle lors du séminaire des chefs d’établissement de l’enseignement agricole.

Références bibliographiques

  • Endrizzi Laure et Thibert Rémi, « Quels leaderships pour la réussite de tous les élèves?? », Dossier d’actualité Veille et Analyses (73), avril 2012, p. 28.
  • Bressoux Pascal, « L’effet établissement », in Dictionnaire de l’éducation, [s. l.], Presses Universitaires de France – PUF, 2008, pp. 241-243.
  • Forestier Christian, « “L’effet chef d’établissement” », Les cahiers pédagogiques (458), décembre 2007, pp. 16-17.
    Gauthier Roger-François, « Qui a l’initiative pédagogique?? », Les cahiers pédagogiques (458), décembre 2007, pp. 22-24.
  • Hassani Mohammad, Régulation interne des établissements scolaires?: Les chefs d’établissement et la régulation des activités des enseignants, Dijon, Université de Bourgogne, 10 janvier 2007.
  • Hassani Mohammad et Meuret Denis, « La régulation de l’action des enseignants par les chefs de leur établissement », Politiques et management public, septembre 2010, pp. 103-126.
  • Laderrière Pierre, « Tendances actuelles de l’évaluation des enseignants », in Quelle évaluation des enseignants au service de l’école?? Actes du séminaire 2007, Neuchâtel, IRDP, 2008, pp. 9-18.
  • OCDE (éd.), « Autonomie et responsabilisation des établissements d’enseignement Quel impact sur la performance des élèves?? », Pisa à la loupe (9), octobre 2011, p. 4.

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