Chefs d’établissement en France : identités professionnelles en construction

thephotographymuse / Foter / CC BY

Je rédige ce billet suite à la lecture d’un article paru dans la Revue internationale d’éducation de Sèvre n° 60 de septembre 2012 qui présente un dossier sur le métier de chef d’établissement. L’article en question est un entretien croisé entre cinq experts : Anne Barrère (sociologue de l’éducation), Pascal Bolloré (AFAE, SNPDEN), Alain Bouvier (AFAE, Haut conseil de l’éducation, rédacteur en chef de la RIES), Ghislaine Matringe (IGEN, puis chargée au ministère de la gestion des personnels de direction) et Bernard Toulemonde (recteur, IGEN).

Faire un résumé ou un compte rendu n’est pas aisé du fait de la structure de l’article qui donne la parole à chacun à tour de rôle. Je vous livre le résumé tiré de la revue (accessible ici) :

 » Le métier de chef d’établissement en France est abordé par cinq experts issus de la recherche et de l’encadrement à différents niveaux. Tiraillés entre les héritages du passé et des modèles de management largement inspirés du monde de l’entreprise, les chefs d’établissements doivent se construire une identité nouvelle dans un contexte marqué par l’influence des comparaisons internationales, la diversité des contextes d’exercice et l’obligation croissante d’améliorer les résultats des élèves. Les débats explorent des aspects stratégiques de cette évolution, notamment en matière de développement d’une gestion autonome et responsable de l’établissement, ainsi que de pilotage pédagogique. Les pratiques professionnelles des chefs d’établissement français doivent évoluer pour s’adapter aux profondes transformations d’une école qui veut se moderniser tout en respectant les valeurs fondatrices de la République. »

L’article s’articule autour de trois questions. Pour des commodités de lecture, je rapporte les propos (enfin, une sélection personnelle) sans préciser qui les a tenus. Je vous invite à lire l’article dans son intégralité.

S’agit-il d’un vrai métier ?

Le premier statut des personnels de direction date de 1988 (3 ans après la création des EPLE), le nouveau de 2001, accompagné d’un référentiel relatif aux missions, domaines d’activités et compétences attendues. Ce qui prévaut aujourd’hui dans le métier de chef d’établissement, c’est le pilotage pédagogique. Ce qui n’empêche pas le chef d’établissement d’être un cadre de proximité qui assure une gestion des ressources humaines.

Il n’y a en fait pas qu’un métier, mais plusieurs : la diversité des situations, liée à la taille de l’établissement (150 ou 2000 élèves ?), sa situation géographique (campagne, ville, banlieue, ZEP) rend le métier pluriel.

Outre la volonté de changer de carrière, l’attractivité de ce métier considéré comme difficile réside dans l’euphorie que l’on peut ressentir dans l’action (un chef d’établissement accompli en moyenne 149 tâches différentes par jour – de quelques secondes à quelques minutes). C’est un métier d’actions fractionnées. La capacité à convaincre les autres est essentielle. Cette attractivité est quand même à relativiser : peu de monde se bouscule pour être principal ou proviseur en Seine Saint Denis, et peu d’agrégés souhaitent devenir chef d’établissement.

Les évolutions des établissements scolaires

L’évolution la plus notable concerne l’accroissement de l’autonomie. Encore faut-il s’entendre sur le terme « autonomie » : cela fait deux siècles qu’il y a un centralisme bureaucratique et hiérarchique, avec cependant une autonomie globale du système (mais pas de l’individu). Ceci explique le « retard » français par rapport aux évolutions constatées dans d’autres pays en ce qui concerne la gestion des établissements et des personnels. Les politiques de déconcentration font évoluer la situation. L’enseignement agricole et l’enseignement privé ont plus d’autonomie à cet égard.

L’autonomie reste cependant relative : l’État fixe les examens, concours, programmes, et les enseignants ont la liberté pédagogique (cette liberté, bien qu’affirmée dans les textes officiels, n’a jamais été définie !) ce qui fait qu’ils ne rendent de compte à personne. Or l’autonomie n’existe que dans un cadre collectif.

L’autonomie peut creuser des inégalités et des disparités entre établissements. Ceci dit, les inégalités n’ont pas besoin de l’autonomie pour exister. Les enquêtes PISA ont nettement établi un lien entre l’autonomie pédagogique des établissements et leur performance. L’autonomie n’est pas l’indépendance, elle nécessite des mécanismes régulateurs

Le conseil pédagogique est vu comme un réel progrès, car il permet de décider en partie de la politique pédagogique de l’établissement. Le métier de chef d’établissement inclut une dimension d’ingénierie pédagogique, notamment depuis la mise en place du socle commun.

La direction pédagogique des établissements scolaires

Le conseil pédagogique est à peu près rentré dans les mœurs. Même dans les établissements où sa mise en place a rencontré de vives oppositions au point qu’il ne soit pas mis en place, il existe des réunions où les enseignants et le chef d’établissement parlent de pédagogie.

Les rapports peuvent être tendus entre les enseignant et le chef d’établissement, les premiers ne reconnaissant pas le rôle pédagogique du second. L’existence de niveaux de leadership intermédiaires  serait une bonne chose. L’autorité pédagogique du principal ou du proviseur se construit, il serait souhaitable de leur laisser plus d’autonomie pour gérer ces niveaux intermédiaires.

Les inspecteurs ont aussi un rôle à jouer, notamment dans l’accompagnement des établissements, pour aider à donner du sens à l’empilement de circulaires auquel on assiste, pour aider à construire collectivement ce sens.

Quelques citations

« La création du conseil pédagogique est un progrès, mais on peut aller plus loin, en passant de l’autonomie pédagogique individuelle, qui bloque le système, à une autonomie pédagogique plus collective, et les chefs d’établissement ont certainement un rôle à jouer à cet égard. » A. Bouvier

« Peut-être que le CE est-il celui qui a la possibilité de contenir ce mouvement,de ne pas le répercuter forcément. Pierre André Taguieff disait que le mouvement pour le mouvement, sans le sens collectif de la progression, du progrès, c’est du « bougisme ». Le chef d’établissement est celui qui doit transformer ce « bougisme », qui vient des institutions ou d’autres phénomènes, en progrès local. » A. Barrère

 

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