Empowerment : kezako ?

octobre 26, 2014 · Posted in Ma veille, société 

Pour le colloque de l’ESEN (Le numérique en question), j’ai parlé de mon dossier sur le numérique à l’école, mais comme il date d’il y a deux ans, j’ai souhaité aller un peu plus loin, et je me suis aventuré sur le chemin de l’, terme que j’avais repéré déjà ici ou là, mais qui me semblait un peu compliqué à comprendre. Du coup, j’ai un peu creusé, et je livre ci-dessous des extraits tirés de quatre pages web. C’est une extraction de mes signets que je sauvegarde sur Diigo.

Ce que j’en retiens, c’est que le terme est difficilement traduisible en français, car aucune traduction ne rend compte de toutes les dimensions de l’empowerment. Le terme le plus proche du sens anglais serait « pouvoir d’agir« .

J’ai remarqué que ce concept était fréquemment dénoncé comme étant d’essence néo-libérale. Pourtant ce n’est pas forcément ce que j’en retiens. Le terme vient des mouvements d’émancipation de groupes minoritaires, notamment aux États-Unis : les noirs, les femmes. L’empowerment était invoqué pour aider ces groupes à s’émanciper collectivement plutôt que d’attendre que le pouvoir en place leur vienne en aide. L’idée de collectif était essentielle, et était liée à l’émancipation individuelle aussi. Autrement dit, l’émancipation individuelle passe par une lutte collective.

Cette idée a nourri aussi les luttes syndicales du XXè siècle et a été reprise par les mouvements d’éducation populaire.

La notion d’empowerment revient au goût du jour. Le discours néo-libéral la reprend volontiers à son compte, mais pour mettre en avant la responsabilité individuelle de chacun. C’est une vision bien restrictive de l’empowerment. Je préfère de loin la définition originale, et je pense qu’elle peut s’accorder avec des nouvelles pratiques numériques. Ça ouvre des perspectives pour une approche pédagogique renouvelée du numérique.

Vous trouverez ci-dessous des extraits de mes lectures (c’est une publication automatique depuis Diigo, ce qui explique la mise en page sommaire). Mais bien entendu, je vous invite à aller lire les articles à la source (en suivant les liens donnés)

 

  • Article de Yann Le Bossé (2003)

    tags: empowerment

    • Une manière de contourner cette difficulté consiste à recourir à l’expression développement du pouvoir d’agir pour désigner le processus et de réserver les termes pouvoir d’agir pour parler du produit de ce processus. Cette solution offre l’avantage de préciser la nature du processus dont il est question ; elle permet de signifier qu’il ne s’agit pas d’enseigner, de promouvoir ou de stimuler le pouvoir d’agir des personnes et des collectivités, mais bien de contribuer à l’émergence des conditions nécessaires à sa manifestation
    • On serait donc justifié de traduire la notion d’ empowerment par l’expression pouvoir d’agir dans la mesure où le terme pouvoir vise ici cette nécessité de réunir les ressources individuelles et collectives à l’accomplissement de l’action envisagée. Le pouvoir d’agir s’incarne ici comme un pouvoir de surmonter ou de supprimer les obstacles à l’expression de « l’être au monde » 18 . Il s’agit avant tout « d’être en mesure d’agir », c’est-à-dire d’avoir les moyens de se mettre en action. Or, quelle que soit l’action dont il s’agit, sa réalisation implique toujours un minimum de compatibilité avec les conditions objectives présentes dans l’environnement. Toutefois, ce pouvoir d’agir se distingue du seul pouvoir d’influence ou de domination, en ce sens qu’il ne vise pas tant le rapport de force que la conduite d’un projet signifiant (Bernstein et al. , 1994) 19 . Il se distingue également de la seule question de la lutte pour l’accès aux ressources en ce sens puisqu’il implique tout autant le dépassement des obs- tacles personnels que l’aménagement structurel des conditions de l’action (Newbrough, 1992)
    • Pour obtenir ces moyens, il est nécessaire d’agir individuellement et collectivement. Mais cette action doit être entendue ici selon les trois sens que lui donne Hanna Arendt (Baehr, 2000), c’est-à-dire à la fois comme une manière d’assurer sa survie, d’exprimer son individualité et de contribuer à la régulation collective des conditions générales d’existence.
    • plus souhaitable. Dans les deux cas, la source d’insatisfaction est identique et peut être assimilée à une impuissance réelle ou ressentie à « réguler les événements de sa vie »
    • Qu’il s’agisse d’exercer plus de contrôle ou de devenir l’agent de sa destinée, il est toujours fondamentalement question de changement entre une situation perçue comme insatisfaisante et une autre envisagée comme
  • Rencontre organisée par l’INJEP sur le thème de l’empowerment, suite à la publication du rapport Porte sur les « pratiques d’engagement en transformation : enjeux pour l’avenir de l’éducation populaire »

    tags: empowerment

    • La question du savoir est directement reliée à celle du pouvoir et de l’agir
    • Hélène Balazard, chercheure associée à la chaire Unesco « Politiques Urbaines et Citoyenneté » (ENTPE/RIVES), a rappelé les deux dimensions que recouvre la notion d’empowerment : le « pouvoir » et le « processus individuel et collectif pour y accéder ». La notion de « capacitation », parfois utilisée en français, ne suffit pas à traduire la première dimension.
    • Les institutions publiques évoquent désormais l’empowerment dans le cadre des programmes de lutte contre la pauvreté ou les discriminations. En revanche, le modèle néolibéral conçoit le pouvoir comme la capacité d’« être intégré au monde du travail et de la consommation »
    • Il s’agit d’« inverser les logiques de la participation démocratique », dans une démarche bottom-up. La notion d’empowerment revêt alors tout son sens.
    • les politiques d’empowerment interrogent le « pouvoir et la responsabilité », ainsi que « les conditions de la transformation sociale »
    • Pour Pascal Aubert, co-fondateur et membre permanent du Collectif « Pouvoir d’agir », la question n’est pas tant de savoir si l’empowerment relève d’une nouvelle forme d’éducation populaire, mais de s’intéresser au pouvoir d’agir des milieux populaires.
    • Gandhi, « Ce qui est fait pour moi, sans moi, est finalement fait contre moi »
    • Quatre niveaux d’empowerment ont été distingués
    • capacité d’expression
    • éducation/sensibilisation
    • capacité d’action
    • capacité à se faire entendre
    • La démarche d’empowerment repose sur quatre piliers : « l’organisation, l’expression de la démarche, l’action et la négociation ».
    • Pour Adrien Roux, il faut s’organiser collectivement : « faire la révolution, cela commence par aller à la rencontre des gens que l’on ne connaît pas » pour « agir sur les sujets qui nous concernent directement ».
  • tags: empowerment

    • Elles rappellent tout d’abord les difficultés liées à la traduction de ce terme en français, qui n’est pas encore bien stabilisée: capacitation,  autonomisation, pouvoir d’agir…
    • A l’origine, la notion est utilisée aux Etats Unis dans les mouvements sociaux, par les praticiens et les universitaires.
    • Les auteures font remonter la démarche d’empowerment au XIXe: il  s’agit d’orienter le travail social vers le self help plutôt que l’assistance
    • C’est dans durant la deuxième moitié des années 1970 que la notion d’empowerment entre dans le vocabulaire du travail socia
    • La littérature du travail social aux États Unis sur l’empowerment fait apparaitre trois axes
    • 1) la dimension individuelle ou  intérieure de développement de sa conscience et de son pouvoir d’agi
    • 2) la dimension interpersonnelle ou collective d’”agir avec” et d’”agir sur”
    • 3) la dimension socio-politique de  transformation sociale par l’action collective
    • Les auteures rappellent que la notion d’empowerment se diffuse rapidement à partir de la seconde moitié des années 1990. Le social-libéralisme est en particulier présent à l’ONU où il  s’agit de développer les capacités des “pauvres”
    • La notion d’empowerment se retrouve donc travaillée par celle de “capabilité”, théorisée par l’économiste Amartya Sen
    • L’accent est mis en particulier sur l’éducation.
    • Cette conception est centrée sur l’action individuelle.
    • Ce qui disparaît donc dans une telle vision c’est l’empowerment comme action collective de transformation sociale.
    • Pour les conservateurs, il est synonyme de responsabilisation individuelle et s’oppose à l’assistanat jugé inefficace de l’Etat providence.
    • Avec la troisième voie, l’empowerment est mis en avant comme participation des citoyens au niveau local aux politiques publiques conduisant à pouvoir réformer les services publics de  manière à les rendre plus efficaces
    • Il devient alors un corollaire des politiques de Nouveau management public
    • 5. En France, une importation tardive du concept

       

       

        Les auteures commencent par revenir sur les précurseurs de l’empowerment en France: Condorcet, Fourier, Proudhon, les mouvements d’éducation populaire, le mouvement ATD-Quart monde, les  expériences menées par l’antipsychiatrie et les pédagogies actives, le mouvement autogestionnaire des années 1970 porté par le PSU et la CFDT….Mais elles rappellent que la revendication  autogestionnaire reste pour l’essentiel centrée sur le monde du travail. Ce n’est que dans les années 1980 que la logique d’autonomisation est intégrée au travail social, au point que l’on a pu  parler d’une injonction à l’autonomie.

  • historique et définitions

    tags: empowerment

    • Empowerment psychologique et empowerment individuel
    • capacitation des individus
    • théorie des capabilités d’Amartya Sen
    • une telle position n’aboutit-elle pas à réhabiliter l’idée libérale qu’il suffirait de fournir à chacun les conditions minimales (“égalité des chances”) pour que la méritocratie puisse  fonctionner ?
    • Ce type de démarche peut ainsi conduire à invisibiliser paradoxalement le poids des structures  sociales pesant sur les individus.
    •    La démarche d’empowerment met avant l’autonomisation des individus. Elle pourrait laisser supposer que la  solution aux problèmes que rencontre l’individu se trouve dans des stratégies individuelles et non pas dans la mise en oeuvre de solidarités sociales
    • L’empowerment collectif
    • il existe d’autres sources aux démarches d’empowerment
    • Pierre-Joseph Proudhon
    • développement d’espaces publics oppositionnels
    • Il s’agit alors pour Proudhon que les ouvriers  développent une organisation alternative à l’Etat et au capitalisme à travers le fédéralisme et le mutuellisme. L’autonomie n’est plus alors individuelle, mais collective, et repose sur des liens  réciproques de solidarité. C’est donc dans le développement de l’économie sociale et solidaire, c’est-à-dire d’un mouvement coopératif ouvrier, que Proudhon voit les conditions de possibilité  d’un empowerment collectif
    • Le syndicalisme révolutionnaire au début du XXe siècle se développe également sur ces bases.
    • stratégie collective
    • Ils visent à transformer la structure de la société
    • Empowerment et mouvement féministe
    • Le théatre forum: un exemple d’empowerment par l’art

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crédits : photos de Martin Pettitt, sous licence CC by 2.0 : Empowerment Statue Waterside Lincoln

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