Le numérique à l’école pour donner du pouvoir d’agir

octobre 31, 2014 · Posted in éducation, tice ta toile 

Pour mon intervention à l’ESEN (colloque « Le numérique en question« ), j’ai rédigé un petit texte introductif à mon propos. Je parlais dans un article précédent de l’empowerment, que j’ai abordé à cette occasion.

Je reproduis ci-dessous le texte en question, qui est publié sur le site du colloque.

 

Quels usages numériques les enseignants ont-ils dans le cadre de leur travail ? Comment les élèves s’emparent-ils du numérique à l’école ? Le numérique n’est pas en soi porteur de transformations pédagogiques, mais pour qu’il puisse être utilisé de manière pertinente dans le cadre de l’enseignement-apprentissage, des changements de regard, de posture, de paradigme s’avèrent nécessaires.

Notre rapport au savoir est modifié par la pénétration des usages numériques dans nos vies quotidiennes : tout est à la portée de notre doigt, pour reprendre l’image de Michel Serres avec Petite Poucette. Ce sont conséquemment non seulement les rapports entre les enseignants et les élèves qui sont bousculés, mais aussi le rapport entre le savoir et les individus.

De nouvelles façons d’apprendre, plus réticulaires, se font jour, que l’aménagement de nouveaux lieux (classes, CDI, etc.) peut favoriser. Mais alors, comment mesurer les effets du numérique sur les apprentissages ? Surement pas en gardant les mêmes grilles d’analyse. D’autres critères sont à formaliser, qui relèvent notamment de compétences plus transversales, pour mesurer les changements qui sont déjà en train de s’opérer.

Des freins objectifs à l’utilisation du numérique en classe existent, qui peuvent relever de l’organisation scolaire, des locaux ou encore du matériel. D’autres raisons expliquent ces freins aussi : pour que l’alchimie prenne, la technologie doit être adaptée aux pratiques des élèves, des enseignants et aux habitudes de travail préexistantes. Si le numérique peut faire évoluer la culture professionnelle dans le monde de l’éducation, cela ne peut pas se faire contre cette même culture. La question de la pertinence des usages pédagogiques numériques est essentielle, au même titre que d’autres innovations ou pédagogies.

Mais ce n’est pas seulement la pédagogie qui est interrogée par le numérique. Les usages numériques sont fonction aussi (et surtout ?) de la façon dont les établissements, sur un plan plus collectif, intègrent cette dimension dans leur quotidien : dans le projet d’établissement, dans les curricula, dans la communication entre les différents acteurs (y compris les parents et les partenaires extérieurs), etc. Les rôles du chef d’établissement, de l’équipe de direction, des échelons intermédiaires participant au leadership et au management de l’établissement sont essentiels à une intégration numérique réussie, c’est-à-dire qui ne soit pas cantonnée à un usage plutôt administratif orienté vers le contrôle des élèves, mais qui développe la coopération, le partage, l’expression, la création, l’innovation. Ce sont ces dimensions qui font l’intérêt du numérique à l’école.

Les travaux sur le numérique sont relativement unanimes sur l’effet positif du numérique sur la motivation des élèves. Mais rien n’indique que cette motivation soit pérenne dans le temps. Motivation due à la nouveauté (qui est forcément éphémère) ne rime pas forcément avec engagement (qui n’est valable que s’il s’inscrit dans la durée). La notion d’empowerment, terme anglais difficile à traduire (pouvoir d’agir ; capacitation ; autonomisation ; pouvoir-faire ; etc.) permet de dépasser cet écueil : le but du numérique serait alors de donner du pouvoir aux élèves pour que leurs apprentissages deviennent signifiants à leurs yeux, notamment en misant sur des situations de travail plus collectives.

Le numérique réaffirme le rôle primordial de l’école et des enseignants, notamment dans la perspective de lutte contre la fracture numérique qui prend de nouveaux visages : le fossé culturel devient plus important que les fossés générationnel ou social. En effet, tous les élèves ont des usages qui relèvent du divertissement, mais une opposition apparaît entre ceux qui sont issus de milieux socio-culturels défavorisés et ceux issus de milieux plus favorisés qui développent d’autres types d’usages, notamment éducatifs.

Ce travail d’émancipation, auquel le numérique permet de donner un écho plus important, de réduction des inégalités face aux usages nouveaux, relève bien de la responsabilité de l’école.

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