Voie professionnelle : LP, apprentissage, alternance

mars 10, 2015 · Posted in éducation · Comment 

DSC_8647 Mon dernier Dossier de veille porte sur la voie professionnelle. Je suis revenu à mes premières amours (pour rappel, je suis PLP). Même si peu de chercheurs ont travaillé sur la voie professionnelle, et notamment sur le lycée professionnel, j’ai pris grand plaisir et intérêt à lire les ouvrages. Certains en ont une vision très marxiste, qui montre bien comment l’enseignement professionnel s’est construit dans une lutte entre patronat et mouvements ouvriers. D’autres en ont une lecture moins militante mais pas moins intéressante, notamment pour analyser les effets de la réforme de 2009.

Résumé :

L’enseignement professionnel dans le secondaire reste mal considéré par les élèves comme par la société. Pourtant, depuis la réforme de 2009, les élèves sont de plus en plus nombreux à choisir l’orientation en lycée professionnel. L’image de ce dernier s’est largement modifiée ces dernières années, avec notamment le passage du baccalauréat professionnel de 4 à 3 ans. Cette « institution de tous les contrastes » oscille entre des objectifs qui peuvent paraître contradictoires : qualifier les élèves et leur faire acquérir des compétences professionnelles ; socialiser à des savoirs qui relèvent d’un « savoir-être » afin d’assurer l’acceptation de valeurs normatives. La formation des ouvriers s’est construite au fil du temps dans un rapport de force permanent entre la volonté du patronat d’adapter la main d’œuvre aux nouveaux outils d’une part, et la volonté du monde ouvrier d’autre part, de défendre les intérêts de la classe populaire et de développer ce qui relève davantage de l’éducation populaire. La prise en main par l’État de la formation professionnelle s’est imposée, rendant accessible la formation au plus grand nombre, au détriment malgré tout de l’émancipation de la classe ouvrière. La dernière réforme de la voie professionnelle a permis une revalorisation des LP et de l’apprentissage. Les élèves qui intègrent cette voie sont susceptibles de poursuivre des études après l’obtention du baccalauréat, mais ils se heurtent à des difficultés parce qu’ils restent en concurrence avec des étudiants de la voie technologique ou générale. La voie professionnelle reste une priorité nationale et européenne car son développement permet de faire accéder à des qualifications un plus grand nombre de personnes, ce qui réponde à l’objectif de l’Europe de devenir la première société de la connaissance. Les diplômes « de base » font l’objet de toutes les attentions au niveau européen, faisant évoluer le statut du diplôme et de la qualification. Ce dossier de veille tente de faire une synthèse de ce que dit la recherche en France et à l’étranger sur ces questions de formation professionnelle initiale, d’apprentissage et d’alternance.

Bref, je vous invite à lire ce dossier n°99 (« Voie professionnelle, alternance, apprentissage : quelles articulations ?« ), vous pouvez réagir sous l’article de blog sur Éduveille, mais je ne résiste pas à vous proposer le compte-rendu de ToutEduc,  (n’hésitez pas à vous abonner), écrit par Camille Pons (j’en profite pour remercier l’équipe de ToutÉduc de m’avoir autorisé à publier cet article) :

L’apprentissage doit être complémentaire de la formation en lycée professionnel (dossier de veille de l’IFÉ)

Paru dans Scolaire, Orientation le lundi 09 mars 2015.

L’apprentissage doit être pensé comme complémentaire à la formation en lycée professionnel (LP), et vraiment promu au sein de ces lycées. Telle est l’une des recommandations faite par Rémi Thibert (service Veille et analyses de l’IFE- Institut français de l’Éducation) dans le dossier qu’il a consacré, en février 2015, à la voie professionnelle, l’alternance et l’apprentissage, et aux articulations qui existent entre ces trois voies de formation. Cette recommandation fait suite au bilan « mitigé » de la filière professionnelle en France que dresse le chargé d’étude et de recherche, après avoir compilé différents travaux faits en France mais aussi dans d’autres pays. L’auteur souligne néanmoins qu’il existe déjà une volonté politique de promouvoir l’alternance au sein des LP, au travers de la circulaire du 14 mars 2006, « qui incite à développer des partenariats entre établissements et CFA et à promouvoir l’apprentissage au sein même des lycées ».

Certains constats justifient, selon lui, cette réforme du système. L’apprentissage « ne profite pas aux élèves les plus fragiles, alors que l’apprentissage est désigné comme une solution pertinente pour favoriser le retour en formation des décrocheurs ». A contrario, relève-t-il, « en Allemagne, en Suisse, en Australie, en Autriche, l’apprentissage a un rôle important pour l’insertion dans l’emploi des jeunes peu ou pas diplômés ». En effet, même si le nombre d’apprentis augmente, cette augmentation ne concerne en France que l’enseignement supérieur, donc « les jeunes déjà diplômés », souligne encore Rémi Thibert.

Autre constat mis en avant: ce mode de formation ne contribue pas à faire baisser le taux de chômage des jeunes en France, qui reste de l’ordre de 25%. À titre de comparaison, il cite le cas de l’Allemagne qui affiche un taux « relativement faible » (7,5%), un écart qui pourrait être dû, selon lui, au fait que, contrairement à ce qui se passe dans l’Hexagone, partenaires sociaux et entreprises sont très fortement impliqués dans ces formations outre-Rhin. Il évoque d’ailleurs la nécessité de créer et renforcer les liens avec le monde professionnel mais aussi celle de renouveler les pratiques pédagogiques, et donc de « repenser la professionnalité enseignante en LP ».

L’enseignement professionnel participerait à la richesse du pays

Plusieurs arguments sont avancés dans ce dossier pour justifier ces transformations. Outre le fait que le LP « reste un élément essentiel dans le système éducatif pour juguler les sorties sans qualification des jeunes », « l’enseignement professionnel, bien que dénigré, participerait à la richesse du pays », observe Rémi Thibert. Ainsi, écrit-il, « il y a une corrélation directe entre l’augmentation du nombre de jeunes en formation professionnelle et l’augmentation du PIB des pays ». Il estime aussi que « le lycée professionnel joue un rôle important dans le système éducatif français, notamment en ce qu’il constitue un laboratoire d’innovation éducative indéniable ». Ainsi, « la mise en oeuvre du socle commun, l’approche par compétences, le livret personnel de compétences sont des héritages de ce qui se fait depuis un moment déjà dans ces établissements », précise-t-il.

Malgré cela, le lycée professionnel semble être en France « l’institution de tous les contrastes »: elle « offre les conditions d’une réhabilitation des ‘vaincus’ de la voie générale », tout en « cré[ant] de l’échec scolaire », mais aussi « de réelles possibilités d’insertion professionnelle » tout en étant « l’objet de disqualifications (culture générale trop réduite, accès aux savoirs savants insuffisants) ». Rémi Thibert relève aussi des effets négatifs de la réforme de la voie professionnelle, et la réduction à 3 ans du cursus menant au baccaulauréat. « Si elle bénéficie à une partie des élèves, [elle] pourrait (mais il est trop tôt pour l’affirmer) provoquer une nouvelle forme d’exclusion pour ceux qui n’obtiennent pas leur baccalauréat professionnel », note-t-il.

Une poursuite d’études après le bac pro qui reste « problématique »

Il observe aussi que si la réforme de 2009, en instaurant le passage au bac pro en 3 ans, incite de plus en plus de jeunes bacheliers professionnels à poursuivre leurs études, cet afflux dans l’enseignement supérieur n’est pas exempt d’effets pervers. Il y a d’abord des effets négatifs auprès des recruteurs, notamment « les PME qui cherchent à embaucher des techniciens (et qui) ont de plus en plus de difficultés à en trouver », la volonté d’un plus grand nombre à vouloir poursuivre des études ayant pour effet « un déport des formations bac+2 (DUT, BTS) vers les formations bac+3 (licence professionnelle) ». Autre conséquence de l’afflux de ce nouveau public accueilli essentiellement en STS, une perte de compétences puisque cette filière aurait tendance, pour s’adapter à ces derniers, à privilégier « des apprentissages par le geste au détriment d’une approche plus conceptuelle ».

Face à cette poursuite d’études qui reste « problématique », le chercheur cite des projets et des initiatives intéressantes: l’étude de nouveaux parcours en alternance qui proposeraient aussi des passerelles avec une licence professionnelle ou une formation en master et les réflexions qui entourent la question de l’accompagnement des bacheliers professionnels. Sur ce point, quelques pistes ont déjà été concrétisées dans certaines universités: l’organisation de rentrées décalées avec un semestre d’adaptation et des accompagnements spécifiques, ou encore la mise en place d’une année de transition pour les bacheliers professionnels et technologiques. Il cite l’exemple du dispositif REUSSIR de Lyon-I (Ressources universitaires de soutien scolaire d’insertion et de réorientation) qui propose trois cursus de formation: une année universitaire préparatoire (année transitoire); un semestre de soutien spécifique et un semestre de détermination.

L’enseignement agricole: une exception?

Dans cet état des lieux, seul l’enseignement agricole semble faire figure d’exception. Rémi Thibert estime que celui-ci doit sa « réussite » à trois réformes « fortement imbriquées »: réforme pédagogique (programmes et diplômes), réforme structurelle (établissements autonomes) et réforme institutionnelle (service public souple et diversifié associant secteur public et secteur privé). Résultat, malgré le déclin important du monde agricole, les effectifs de l’enseignement agricole ne cessent d’augmenter ainsi que l’offre de formation, alors que se diversifient à la fois les publics accueillis et les formations proposées.

Rémi Thibert rappelle que l’enseignement secondaire professionnel scolarise presque 700 000 jeunes, 1 100 000 si on compte les élèves de CFA. En France, il existe 165 CAP et 80 baccalauréats professionnels différents qui peuvent être suivis dans 960 LP publics, 1 630 LP si on inclut les établissements privés.